The United Church of Canada/L'Église Unie du CanadaLes méditations de janvier vous sont offertes par le pasteur Thierry Delay de l’Église Unie Saint-Jean à Montréal et président du Consistoire Laurentien.
Il faut bien se rendre à l'évidence, les mages, ces personnages bibliques, lisent dans les étoiles — et ça leur réussit! Nous en sommes peut-être un peu étonnés: est-ce que la Bible ferait l'apologie de l'astrologie? Il faut voir d'un peu plus près ce qu'il en est. D'abord, il faut savoir que, dans le monde antique, les astres font partie de l'univers familier de chacun. Ils ne servent pas seulement à fixer le calendrier ou à donner l'orientation aux navigateurs, mais ils ont aussi un rôle symbolique. Dans les religions, les astres étaient des divinités et adorés en tant que tels. Dans la Bible, bien sûr, ce ne sont plus des divinités, mais des créatures de Dieu parmi les autres. Pourtant, un rôle symbolique demeure. Ils sont les emblèmes des peuples. L'observation et l'interprétation du ciel est confiée aux spécialistes (« mages », prêtres, savants, …), et le pays le plus développé en la matière est la Mésopotamie, Babylone (d'où viennent, selon toute probabilité, les mages de Matthieu 2). Les mages de notre histoire sont donc des savants. Ils conseillent les rois, interprètent la marche du monde, fixent le calendrier civil et religieux, ainsi que l'appréciation des jours fastes et néfastes. Un jour, ils interprètent une constellation revenue trois fois en la même année par la naissance d'un nouveau roi en Israël. Et ça marche!
Dieu les implique progressivement dans son histoire très concrète, jusqu'à les conduire à leur but: la rencontre personnelle avec l'enfant en qui le salut de Dieu est présent dans l'humanité. Les mages ont orienté leur voyage avec les compétences de leur métier; mais pour arriver au but, il leur fallait s'inscrire dans l'histoire concrète, interprétée par l'Écriture, et il leur fallait la rencontre personnelle avec l'enfant-roi.
Ces personnages sont bien des astrologues, avec les compétences et les croyances de leur temps. Mais leur ambition ne s'arrête pas à leur métier d'astrologues. Ce sont bien des conseillers de rois, mais ils ne se définissent pas comme courtisans. Ce qu'ils veulent, visiblement, c'est participer activement à l'histoire là où elle s'écrit en direct. Alors, ils se mettent en route. Et ils vont approcher ce Dieu de l'histoire qu'est, par définition, le Dieu d'Israël. C'est lui qui les guidera, par l'Écriture et par les scribes, et aussi par l'étoile, à la rencontre culminante, la rencontre avec cet enfant qui réunit en son existence l'histoire de Dieu et celle des humains. Là, les mages exercent encore leur compétence professionnelle de conseillers des rois, à travers leurs cadeaux qui sont des signes. Ensuite, ils rentrent chez eux, ayant conscience qu'ils viennent d'atteindre le but de leur existence. Ils retravailleront comme astrologues; mais le plus important, ils ne l'ont pas trouvé dans les étoiles. — T. D.
Le baptême de Jésus par Jean-Baptiste ouvre le ministère public de Jésus dans les 4 évangiles. C'est bien le signe que, pour l'Église primitive, il y avait dans cet acte surprenant un enjeu fondamental pour la compréhension de tout le ministère de Jésus. On pourrait dire que ce récit du baptême dans les eaux du Jourdain indique la vocation de Jésus de manière toute particulière. Certains mouvements dissidents de l'Église primitive pensaient même que ce n'était que lors de son baptême que Jésus était devenu « Fils de Dieu », qu'il avait, en quelque sorte, été adopté par Dieu à ce moment-là. Je n'aimerais pas m'engager dans des théories historiques ou dogmatiques sur ce baptême, mais plutôt j'aimerais laisser parler les images évangéliques, car elles me semblent très fortes et sont pleines de résonances pour nous guider dans notre réflexion et dans notre vie.
Le symbole principal du baptême de Jésus est l'eau, et ce symbole évoque quantité de références de l'Ancien Testament: il y a, bien sûr, le passage de la Mer Rouge, qui est l'acte de libération du peuple juif, et Paul n'hésitera pas à faire le parallèle avec le baptême chrétien qui est aussi libération de la servitude pour un chemin de liberté. Mais, plus fondamentalement encore, depuis les récits de la Création, l'eau est vue comme un symbole du « chaos », du monde ténébreux, de la menace à laquelle les humains et la création entière sont exposés (cf. le récit du déluge). Dans la Bible, le symbole de l'eau n'évoque donc pas, en premier lieu, l'eau claire et limpide qui lave et purifie, mais l'eau menaçante qui engloutit !
Ainsi quand Jésus vient au Jourdain pour être baptisé par Jean, c'est bien dans cette eau, symbole de menace et de chaos, qu'il va plonger, dans cet abîme qu'il va pénétrer, dans cette zone sombre et obscure de notre monde qu'il va être immergé. Il veut ainsi se montrer pleinement humain, entrer en pleine solidarité et communion avec nous, jusque dans ces lieux où nous perdons pieds et où nous pouvons parfois nous sentir submergés par l'angoisse. En plongeant dans le Jourdain, Jésus a voulu pénétrer au cœur des zones d'ombre de notre univers et de chacune de nos vies. Il n'a pas voulu être au-dessus de nous, sur un piédestal moral ou religieux. Il n'a pas voulu être à côté, dans un univers bien protégé, calfeutré et imperméable, mais il s'est placé délibérément au cœur même de la mêlée, au cœur de la confusion de notre monde, là où l'humain en son tréfonds est blessé par la violence et la honte, par l'angoisse et le mal; là où l'humain souffre et crie sa souffrance; là où l'humain doute et se révolte; là où l'humain, dépouillé de tous ses masques, se retrouve dans sa pauvreté humaine et est donc un écorché vif de la vie.
Et cela résume certainement tout l'Évangile, et c'est pourquoi chacun des quatre évangélistes ouvre le ministère public de Jésus par ce récit de baptême. — T. D.
À Cana se manifeste la nécessité d’une transformation Au niveau littéral, si on lit attentivement le récit des noces de Cana, plusieurs détails sont frappants, et d’abord cette histoire de vin qui manque. Pour un premier signe de Jésus, n’attendrait-on pas plutôt quelque chose de vital: le pain, l’eau, la santé, la vie? Le manque de vin ne menace aucunement la survie des convives, ni même leur soif possible, puisqu’il y a de l’eau. En revanche il menace peut-être leur joie, si l’on se souvient bien que le vin réjouit le cœur de l’être humain! Il ne menace pas la vie, mais il menace la fête. Il menace l’euphorie offerte aux convives d’une noce villageoise. Et donc il menace la réputation d’un hôte qui n’a pas su prévoir avec suffisamment de générosité la quantité de vin nécessaire. Et quand on sait l’importance que revêt l’hospitalité en Orient, la cause est grave. On comprend alors que la mère de Jésus, attentive et compatissante, puisse s’en émouvoir. Il y a nécessité que quelque chose se passe, suggère-t-elle à Jésus. Rien qu’au niveau littéral, on voit donc que la nécessité ne relève pas du seul besoin physique et matériel, mais également de l’ordre social et culturel, voire religieux.
Maintenant, en quoi la transformation est-elle nécessaire au niveau spirituel? Cette question nous touche au plus près car finalement, pour faire vivre ce texte, il est indispensable que nous nous la posions à nous-mêmes. Quel est le vin qui nous manque? Et qui sommes-nous dans cette histoire, à qui nous identifions-nous? Quel est le vin qui nous manque? Si on consulte le dictionnaire des symboles, on voit que la dimension symbolique du vin est très riche: entre vie, connaissance, immortalité, mais aussi ivresse et donc danger, la palette est large. Mais il est plus intéressant pour nous, quand nous lisons ce texte, de mener une introspection que de consulter un dictionnaire. Et cette introspection ne saurait être seulement égoïste. Elle ne saurait pas, non plus, nous donner des réponses simples et définitives. Quel est le vin qui nous manque, qui manque à notre prochain, qui manque à notre monde? Est-ce la vérité? Est-ce la justice? Est-ce la sagesse? Est-ce la foi? Est-ce la tolérance? Est-ce l’espérance? Est-ce le silence? Est-ce la confiance? Est-ce la simplicité? Est-ce le pain quotidien pour tous? Est-ce le respect? Est-ce l’estime de soi-même? Est-ce la bienveillance pour autrui? Est-ce la joyeuse bonté? Est-ce la fidélité à Dieu et à nos frères et sœurs en humanité? Quel est ce vin qui manque à notre noce? Quel est ce vin nécessaire à notre joie évangélique? Il incombe à chacune et chacun de nous de laisser cette question descendre en lui-même et interroger sa vie. — T. D.
Paul compare l'humanité à un corps dont chacun de nous serait une main, un pied, un œil... et dont le Christ serait la tête. Chacune et chacun a évidemment une place dans ce corps, puisque l'existence de chaque personne a un sens aux yeux de Dieu. Il embauche tous ceux et celles qui le désirent dans ce chantier qu'est son œuvre de création du monde. Notre diversité de personnalités, de qualités, et d'expériences sont indispensables pour que nous puissions être complémentaires. Dieu aide chacune et chacun à trouver sa place dans le service commun, à avoir des compétences, et il montre les personnes à qui l'on pourrait apporter un petit quelque chose. Cette façon de voir de Paul est extrêmement individualiste, mais dans le bon sens du terme. Il attache une importance extrême à l'individu dans sa relation personnelle avec Dieu. Là est pour lui le secret de notre unité dans la diversité infinie que nous représentons.
Il y a diversité de dons, mais le même Esprit, diversité de services, mais le même Seigneur, diversité de travaux, mais le même Dieu qui travaille en tous.
Dans la mesure où nous laissons travailler en nous son Esprit, Dieu vient créer la capacité et l'enthousiasme qui nous rendent capables de servir utilement.
Notre diversité de services sera cohérente dans la mesure où nous serons chacune et chacun en relation au Christ. Alors c'est comme si c'était Dieu lui-même qui travaillait dans le monde à travers nos modestes activités.
Dans l'Église, il y a de nombreux services, des personnes engagées dans des comités, des associations, groupes de travail, etc.
Comment espérer que toutes ces actions puissent être cohérentes? Quelle organisation trouverons-nous pour coordonner tout cela?
Ce que nous propose Paul c'est de faire confiance à l'Esprit de Dieu.
L'unité n'est alors pas imposée de l'extérieur, mais elle grandit de l'intérieur même. Alors il peut y avoir une véritable unité dans cette diversité essentielle que nous représentons. Il n'y a alors pas de concurrence, ou de jalousie, mais la joie d'être soi-même membre du corps du Christ au même titre que tous les autres, qui font un travail que je ne saurais pas faire. Il peut y avoir alors une véritable sympathie entre nous tous.
Ensemble, nous proclamerons publiquement que Jésus est Christ et Seigneur, ensemble nous ferons de la théologie, essayant de voir toujours plus clairement à travers le miroir, nous rechercherons la connaissance des mystères. Ensemble nous essayerons aussi de parler les langues des personnes qui sont confiées à notre amour, nous agirons pour les servir. Nous serons unis dans la mesure où aurons un peu fait de place en nous pour le service que Dieu veut nous rendre. — T. D.
« L’amour est éternel, l’amour est plus fort que la mort, l’amour pour toujours » : que de poèmes, de chansons pour le dire, de génération en génération! « Quand on n’a que l’amour... », « Que m’importe, mon amour, puisque tu m’aimes ». Vous connaissez ces merveilleux refrains !
Et voici que Paul, dans sa lettre aux Corinthiens, écrit: « L’amour ne disparaît jamais ». Paul rejoint-il ici nos rêves les plus romantiques, nos mythes les plus anciens ? Oui, dans une certaine mesure.
L’apôtre donnait des prescriptions concernant la vie en Église, et voilà que, peu à peu, sa parole s’élargit, le propos devient plus universel, plus lyrique. Ce texte ressemble à un chant. Nous sommes entrés dans un poème, une chanson sur l’amour.
Le mot que Paul utilise est le mot « agapè » qui désigne en grec l’amour humain dans un sens large. Paul ne parle donc pas de l’amour dans le domaine restreint de la religion, mais de l’amour humain en général. Et lorsque le poème culmine dans cette affirmation: « L’amour ne disparaît jamais », nous pouvons parfaitement entendre cette phrase là où chacun, chacune d’entre nous vit l’amour: dans nos histoires d’amour, dans notre quête d’amour, l’amour qui nous lie à notre famille, à un être aimé, à nos ami-e-s. Paul nous dit: l’amour que vous connaissez, l’amour qui vous concerne, cet amour-là ne disparaît jamais !
Or, nous ne le savons que trop bien, notre expérience nous apprend le contraire de ce que nous dit Paul: chacun et chacune a pu se rendre compte que l’amour passe, que l’amour est fragile ou qu’il peut être le théâtre de grandes violences. Ici, un divorce; là, des enfants qui se demandent s’ils ne sont pas une erreur dans la vie de leurs parents; un peu plus loin encore, des vieux parents seuls et sans visite de leurs enfants. Telle est la réalité de l’amour pour beaucoup de nos contemporains.
Alors, comment faut-il comprendre le texte de Paul ?
Et bien l'apôtre semble nous dire que, de façon ultime, cet amour est entre les mains de Dieu. Cela signifie deux choses, à mon sens.
La première est celle-ci : Ce n’est pas parce qu’un amour s’achève qu’il disparaît. Ce n’est pas parce qu’un amour a été abîmé ou gâché qu’il n’est pas éternel.
Et la deuxième chose : Il me semble entendre aussi dans les paroles de Paul que, peut-être, Dieu a voulu être le gardien ultime de l’amour humain afin de nous garder ouverts à la joie d’exister.
Si grâce à Dieu l’amour ne disparaît jamais, nous pouvons persévérer de tout notre cœur et paisiblement, si le temps est à la persévérance: aller plus loin, en étant sûrs que ce qui est vrai est toujours possible et jamais perdu, qu’il peut toujours venir à nouveau, malgré la maladie, ou l’amertume, ou la solitude et le temps qui passe. Aller chercher plus loin, encore un peu plus loin, quelle qu’en soit la forme, un amour vrai. — T. D.