The United Church of Canada/L'Église Unie du CanadaToronto : L'Église Unie du Canada a publié aujourd'hui le rapport de son Groupe de travail sur la politique concernant Israël/Palestine. Ce rapport sera étudié par le 41e Conseil général de l'Église qui se réunira à Ottawa, du 11 au 18 août 2012. D'ici là, le rapport du groupe de travail ne constitue pas une politique de l'Église, ses propositions n'étant à cette étape que des recommandations.
L'ancien modérateur de l'Église Unie, le pasteur David Giuliano, qui a présidé le groupe de travail composé de trois personnes, affirme au nom de celui-ci que la dignité des habitants de la région doit être au cœur des orientations des politiques de l'Église Unie, quelle qu'elles soient.
« Sans dignité pour tous les peuples de ce territoire, et sans respect pour la terre elle-même, la justice qui mène à la paix ne sera pas possible », dit David Giuliano.
Le rapport de 28 pages est le résultat d'une consultation exhaustive comprenant une visite de 12 jours dans la région, en février 2011. Au cours de ce voyage, le groupe de travail a rencontré des représentants des communautés palestinienne, israélienne, chrétienne, musulmane et juive, en Israël et en Cisjordanie.
David Giuliano déclare que le groupe de travail a écouté attentivement les nombreux points de vue exprimés selon les différents angles du conflit, mais qu'il ne s'est pas empêché de dégager ses propres conclusions sur une situation dont la complexité ne peut plus, depuis longtemps, nous dispenser de nous en faire une évaluation.
Vient en priorité la conclusion que le premier pas vers la paix soit la fin de l'occupation.
« En termes simples, la dure occupation d'Israël doit cesser pour que la paix puisse advenir. L'occupation porte préjudice aux Palestiniens et aux Israéliens. Cette occupation imposée par un pays démocratique est alimentée et soutenue par des gouvernements occidentaux, y compris le gouvernement canadien », soutient le rapport.
« L'avenir d'Israël et celui de la Palestine sont intimement liés », dit David Giuliano. « À moins que la justice, la paix et la liberté de mouvement ne soient une réalité pour le peuple palestinien, Israël ne pourra pleinement revendiquer sa place au rang des nations démocratiques. »
Au regard des sanctions économiques, David Giuliano explique que ce sont les implications du mouvement de boycottage, de désinvestissement et de sanction qui ont posé le plus grand défi au groupe de travail.
Finalement, le groupe de travail a décidé d'appeler à un boycottage économique ciblant exclusivement les produits des colonies. Il recommande à l'Église Unie de lancer « dans toute l'Église une campagne de sanctions économiques dirigées contre un ou plusieurs produits des colonies pouvant être identifiés comme ayant été fabriqués à l'intérieur des colonies ou en rapport avec celles-ci ou les territoires occupés ».
« Ce que nous demandons, c'est un boycottage ciblant les produits fabriqués illégalement », explique David Giuliano. « Acheter des produits de l'occupation se compare à l'achat d'articles volés—en d'autres termes, une action comparable à tirer bénéfice d'un crime ». Il ajoute toutefois « qu'il ne s'agit pas de boycotter Israël ou les produits d'Israël ».
Le groupe de travail recommande que le langage de l'apartheid ne soit pas appliqué à Israël. Le rapport soutient « que l'accusation d'apartheid appliquée à Israël coupe court à toute discussion, sape l'élan des personnes qui désirent un changement en Israël et qui y travaillent, et fait plus de mal que de bien pour le succès potentiel des négociations de paix ».
David Giuliano note que si le rapport reconnaît la réalité troublante d'un « nouvel antisémitisme » qui s'exprime en tant que haine de l'État juif, le groupe de travail ne croit pas qu'une critique à l'endroit d'Israël soit en elle-même antisémite.
« Les critiques à l'endroit d'Israël varient énormément et doivent être jugées en fonction de l'intention qui les suscite », explique David Giuliano. « Une critique qui remet en question le droit à l'existence d'Israël ou qui cherche à miner sa légitimité comme État est inacceptable. »
Du même coup, David Giuliano ajoute qu'Israël peut et devrait être tenu à des normes plus élevées que les pays non démocratiques ou les régimes totalitaires qui l'entourent. Il dit que le groupe de travail croit que « c'est précisément parce qu'Israël s'identifie de près aux idéaux démocratiques que ses politiques concernant l'occupation doivent être remises en question ».
Le rapport spécifie en outre que la politique de l'Église Unie devrait identifier et soutenir les initiatives qui travaillent en vue de la création d'un État palestinien viable. Le modèle des deux États est généralement reconnu comme l'option clé pour l'avenir d'Israël/Palestine. Mais puisque Israël continue d'étendre ses colonies et de contrôler l'eau et les terres arables, la possibilité de création d'un État palestinien viable s'amenuise de plus en plus.
« Le groupe de travail comprend que, pour les Palestiniens, le rêve d'une patrie est tout aussi profondément ancré, présent, et légitime qu'il ne l'a été pour les Juifs qui ont rêvé d'une patrie juive pendant des millénaires », commente David Giuliano.
Il ajoute que la politique de l'Église doit honorer le droit à l'autodétermination des Israéliens et des Palestiniens. Le choix d'un ou de deux États revient à ces mêmes peuples. Mais quelle que soit la situation émergeant de ce conflit, la fin de l'occupation militaire israélienne doit en être le point de départ.
Le groupe de travail s'inquiète également beaucoup du fait que l'occupation, surtout la construction des colonies, soit soutenue financièrement par des mouvements sionistes chrétiens de partout en Amérique du Nord. Ces organisations et ces Églises se fondent sur une théologie que le groupe de travail juge fallacieuse.
« Les conséquences du sionisme chrétien doivent être contrées par les membres de la communauté chrétienne qui rejettent ces fausses doctrines », dit David Giuliano.
Le rapport du groupe de travail fait remarquer que si « l'Église Unie reconnaît à Israël le droit d'exister en tant qu'État juif à l'intérieur de frontières sûres, sécuritaires et internationalement reconnues », elle n'a encore jamais défini ce qu'elle entend par 'État juif'.
« Notre utilisation du terme 'État juif' est devenue problématique et a prêté à confusion pour certains des partenaires de l'Église Unie et pour beaucoup d'autres personnes à l'intérieur et à l'extérieur de l'Église », explique David Giuliano.
Ainsi le groupe de travail recommande-t-il que « toute affirmation de l'Église Unie désignant Israël comme un État juif doit être accompagnée d'une explication claire de ce qu'elle entend par cela––c'est-à-dire, en tant que patrie pour le peuple juif et État démocratique qui garantit une totale égalité de droits sociaux et politiques à tous ses habitants quels que soient leur religion, leur race ou leur genre. »
En suivant la même logique, le rapport propose qu'un éventuel État palestinien soit considéré également une patrie pour le peuple palestinien. Il recommande en outre l'appui à « un règlement négocié du droit de retour pour les réfugiés palestiniens qui conserverait à Israël son intégrité démographique », et reconnaît « qu'il est inacceptable d'insister pour que les Palestiniens acceptent Israël en tant qu'État juif comme condition préalable à la poursuite des négociations ».
Dans l'introduction biblique et théologique du rapport, le groupe de travail souligne que « nous sommes appelés à respecter le témoignage que la terre d'Israël et de Palestine nous a offert depuis des milliers d'années ».
« Bien qu'en bonne partie son histoire ait été assombrie par la violence et l'oppression, les empires et l'occupation, l'exil et le retour, cette terre a également été marquée par la conscience du sacré et de la transcendance. Que l'on réfère au voyage nocturne de Mahomet, à la vision de Salomon, ou à la prière de Jésus au jardin de Gethsémani, en ces lieux le ciel et la terre se sont rapprochés. La façon dont ce conflit sera résolu met en cause l'intégrité même des trois grandes religions du monde représentées par la terre d'Israël/Palestine », poursuit le rapport.
« Le monde entier est concerné par ce qui survient sur ce territoire », ajoute David Giuliano.
Des clips vidéo
des trois membres du groupe de travail discutant du rapport sont également disponibles (en anglais) sur le canal YouTube de l'Église Unie à.
Une version abrégée de ce communiqué est disponible.
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