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Mardi Tindal

Quel espoir après Copenhague ?

17 janvier 2010

Lettre ouverte à la population canadienne de la modératrice de l’Église Unie du Canada

Photo: Moderator Mardi TindalCette lettre a débuté à Copenhague alors que, le cœur brisé, je voyais sous mes yeux se disloquer les pourparlers internationaux sur les changements climatiques.

Le cœur brisé, oui, car il était clair pour moi comme pour bon nombre d’entre vous que les pourparlers de Copenhague se devaient de réussir car il n’est plus possible pour notre sécurité de poursuivre comme nous l’avons fait jusqu’à présent.

Je suis persuadée que nous sommes arrivés à une heure critique de l’histoire turbulente de l’humanité sur la Terre, un moment d’une signification historique unique.

Et pourtant, les pourparlers de Copenhague ont échoué. Nous n’avons aucun plan pour réduire les émissions mortelles de dioxyde de carbone. Ce gaz dispersé dans l’atmosphère est un peu le symptôme de notre aliénation, de la déchirure de notre relation avec la toile de la vie. Les émissions augmentent plus rapidement qu’à aucune autre période de l’histoire de l’humanité.

Nous n’avons donc pas non plus d’entente légalement contraignante. Tout au plus quelques déclarations timides, empreintes de méfiance, les pourtours fantomatiques d’un accord.

L’occasion à saisir était là et nous l’avons laissée passer; nous voici maintenant, avec le sort de la civilisation et de millions de formes de vie de la planète dans nos mains, empêtrés dans les filets effilochés de notre inaction.

Alors où est notre espoir?

Ma réponse : l’espoir est en vous. En moi et en nous tous et toutes qui rejetons le désespoir et faisons le choix de l’espérance. Ensemble, nous remplacerons l’échec de Copenhague par une réussite. Il n’en tient qu’à nous.

Qu’est ce qui me conduit à parler ainsi?

C’est que je crois que quelque chose de primordial s’est produit à Copenhague. En voyant ces dizaines de milliers de citoyens et de citoyennes rassemblés pendant les pourparlers pour exhorter à l’action les dirigeants politiques de notre monde, je me suis rappelée ces paroles de Martin Luther King Jr. : « Il serait fatal de négliger l’urgence du moment ». Il parlait de la « terrible urgence du moment présent ».

King combattait les grandes misères morales de son époque qu’il nommait « les menottes » de la ségrégation raciale et les « chaînes » de la discrimination. Il refusait d’attendre et sommait d’agir tous et chacun.

De même, j’ai la conviction que le temps de l’attente est révolu.

Pendant mon séjour à Copenhague, j’ai relu la lettre que King écrivait, il y a presque cinquante ans de cela, à Birmingham, Alabama, alors qu’il était incarcéré pour sa participation à une manifestation non-violente contre la ségrégation. Les leaders blancs des Églises le critiquaient ouvertement avec dureté, affirmant que ses actes étaient inconvenants. Sa lettre, une page imposante de la littérature, est une réponse à leur requête « de se mêler de ses propres affaires. »

Il déclare : « Une injustice, à un endroit, met en péril la justice partout. Nous sommes associés en un réseau incontournable de mutualité, tissés en un même destin tel un seul vêtement. »

Maintenant que Copenhague est derrière nous, je repense à ces paroles. Et si, au lieu de ségrégation raciale, King s’était exprimé à propos des concentrations élevées de gaz à effets de serre dans l’atmosphère? Ses paroles tiendraient-elles la route? Sans conteste à mon avis, elles retentiraient tout autant avec vigueur et vérité.

Par notre biologie, nous vivons dans un réseau incontournable de mutualité. La science nous l’enseigne. Sans la toile de la vie, aucune vie ne peut exister. Nous avons besoin les uns des autres. De façon catégorique, intrinsèque à notre constitution biologique, nous ne sommes pas seuls. Au fur et à mesure de l’augmentation des concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, la planète pourra de moins en moins pourvoir à nos besoins. La vie telle que nous la connaissons va s’éteindre. Des millions de vies humaines sont en jeu, parmi les gens riches comme les pauvres, les anciens pollueurs ou les nouveaux venus, les gens fragiles ou les forts. Il n’y a aucun vaccin pour nous protéger sinon un changement de comportement collectif simultané.

Nous sommes tissés en un même destin tel un seul vêtement.

Ainsi la question de l’excès de dioxyde de carbone dans l’atmosphère va dorénavant bien au-delà d’une démarche politique, au-delà aussi du seul enjeu scientifique. C’est une question éthique.

La science a démontré que nous sommes la cause des transformations chimiques que nous pouvons déceler de nos jours dans l’atmosphère et les océans. Puisque les changements climatiques sont le résultat de nos actions nous avons l’obligation éthique d’en assumer la responsabilité.

J’ai la conviction que la crise écologique est un des défis moraux les plus pressants de l’histoire de l’humanité. De la même façon que la ségrégation raciale, la discrimination et auparavant l’esclavage, l’étaient à leur époque. La réponse à ce défi moral nous incombe et c’est maintenant le temps de le faire.

J’affirme cela malgré les voix qui s’élèvent pour déclarer que les dirigeants religieux n’ont pas à se prononcer sur les enjeux des changements climatiques. Contentez-vous de prier votre Dieu nous dit-on.

C’est ce que nous faisons.

Je le fais dans la tradition de ma propre communauté de foi, l’Église Unie du Canada. À cause de notre foi, nous débattons de questions morales depuis des générations, et nous avons souvent été critiqués pour cela. Nous avons revendiqué toutes sortes de changements sociaux qui, de nos jours, sont considérés comme des acquis : l’instruction pour tous et toutes, le contrôle légal des naissances, le filet de sécurité social. Nous l’avons fait avec la conviction profonde que l’espoir et le changement sont possibles.

C’est ma foi aussi qui me rappelle Nellie McClung. Comme moi, elle était membre de l’Église Unie. Il y a presque cent ans de cela, elle a fait preuve d’ingéniosité et de stratégie et a su utiliser la force de sa paroisse pour exercer une pression politique afin que les femmes canadiennes puissent obtenir le droit de vote. Elle ulcérait le premier ministre du Manitoba de l’époque qui lui répliquait en grognant que « les dames dignes de ce nom » ne désiraient pas voter. McClung était intraitable : l’Église devait être au cœur du mouvement pour le droit de vote des femmes. C’était le prix à payer pour une personne avec des convictions de foi.

Comme King il y a un demi-siècle, comme McClung un demi-siècle plus tôt, comme le britannique William Wilbertforce qui, un siècle auparavant, trouvait dans ses convictions de foi l’appui nécessaire pour abolir l’esclavage, nous ne pouvons exclure de notre foi les questions morales pressantes de notre temps.

Et nous ne devrions pas chercher à le faire non plus. Il est de ma tâche de responsable religieux de refuser le choix fallacieux entre la contemplation et l’intervention, entre la prière et l’action. L’action exige la contemplation, tout comme la contemplation requiert l’action. Si nous ne faisions qu’inspirer ou qu’expirer, nous serions morts.

Alors, bien qu’il soit vrai que les histoires sacrées de l’humanité ne disent rien sur les aspects complexes des changements climatiques, elles nous parlent néanmoins du bien et du mal. Elles sont en quelque sorte les archives des rêves de l’humanité, des récits inspirants et un appel aux humains à être à la hauteur des circonstances. Par exemple pour King, les toutes premières manifestations du Christianisme tenaient davantage d’un thermostat pour la société que d’un simple thermomètre. Dans ce qu’elle a de meilleur, la foi nous donne une raison d’espérer. Elle nous aide à garder courage et à envisager qu’il y a en effet d’autres façons de faire.

Voilà pourquoi je crois qu’il nous faut regarder les enjeux qui nous concernent à travers les lentilles de la morale et de la foi. La science nous décrit ce qui est. La foi nous indique ce qui pourrait et devrait être. Dans l’enjeu actuel, la science ne suffit pas. Il nous faut davantage. Voilà pourquoi les enjeux écologiques sont aussi fondamentalement des préoccupations morales, éthiques et théologiques. Voilà aussi pourquoi les dirigeants religieux doivent en débattre, pourquoi tous et toutes nous devons aussi le faire.

Parce que lorsque nos actions menacent la vie de millions de personnes et d’autres créatures, c’est mal.

Lorsque notre inertie met en danger des communautés entières partout à travers le monde, c’est mal.

Lorsque nos systèmes économiques mettent en péril le bien-être des générations à venir, c’est mal.

Lorsque le style de vie des gens affluents mine la survie des pauvres, c’est mal.

Si nous n’agissons pas, nous vouons de la sorte des millions d’individus de notre espèce à des souffrances abjectes et à la mort. C’est mal.

Qu’est-ce que je vous demande de faire?

Tout ce qu’il faut pour marcher dans les pas de leaders inspirants comme Martin Luther King, Jr.

Tout ce que vous pouvez imaginer. Je ne songe surtout pas à vous restreindre à ma liste. Les possibilités abondent. Dans nos maisons et nos bureaux, dans nos lieux de célébrations, dans nos familles et nos organismes communautaires, individuellement et collectivement, choisissons l’espoir et l’action plutôt que le désespoir et la paralysie. Je reçois chaque jour de nouveaux messages de gens qui opèrent des changements radicaux dans leur vie. Les réponses sont déjà là. Ensemble, agissons selon nos convictions.

En agissant de la sorte, nous allons remplacer le repli craintif de l’intérêt propre qui s’est exprimé à Copenhague par une joie ingénieuse et inclusive, porteuse de guérison pour notre monde.

Nous sommes à un moment de transformation dans l’histoire de la planète. Le monde sera façonné par notre réponse et celle de nos communautés dans les mois à venir. Nous avons besoin de tout le monde, de vous tous et toutes. Je peux déjà voir votre imagination en effervescence, en train de faire advenir un monde nouveau dans la sécurité et la santé.

Un monde nouveau où les cœurs brisés sont transformés par notre courage collectif.

C’est là mon désir sincère et mon espérance.

Mardi Tindal, modératrice
L’Église Unie du Canada

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Last updated:
2010/06/14
Created:
2010/01/17