The United Church of Canada/L'Église Unie du Canada21 mai, 2010
Les récents propos du primat de l’Église catholique canadienne sur la question de l’avortement ont provoqué non seulement un remous médiatique, mais également une prise de parole publique au cours de laquelle de nombreux groupes sociaux se sont exprimés contre la réouverture du débat politique sur l’avortement.
L’Église Unie du Canada veut joindre sa voix à cet ensemble de réactions et appuie les opinions exprimées publiquement affirmant qu’il ne saurait être question de régresser de quelque façon dans notre société sur le droit des femmes à des avortements libres, gratuits et sécuritaires.
L’Église unie est consciente que la position exposée par le Cardinal Ouellet trouvera des oreilles attentives et des échos approbateurs dans plusieurs dénominations chrétiennes, mais par son appui aux groupes qui s’y opposent elle veut aussi rappeler que ces positions radicales ne font pas l’unanimité dans les groupes religieux de notre société. Comme chrétien-es, notre comprenons que l’Évangile appelle les personnes, et dans ce cas les femmes, à la liberté responsable exercée en pleine conscience et ne signifie aucunement une capitulation face à une « culture de la mort » ainsi que l’a nommée Mgr Ouellet. D’ailleurs par cette lecture nous sommes en solidarité avec les nombreux pasteurs et laïcs de l’Église catholique qui ne se reconnaissent pas dans cette position officielle.
L’Église unie veut rappeler qu’elle a été parmi les premières dénominations à prendre une position ferme pour le droit des femmes à l’avortement. Dès le début des années 1970, la réflexion s’est faite au sein de groupes d’études. Puis en 1980, le 28e Conseil général, la plus haute instance décisionnelle de l’Église unie, a adopté une Déclaration débutant par un témoignage sur « l’inhérente sainteté de toute vie humaine, tant celle immature du fœtus que celle exprimée dans la vie de la mère » et concluant alors qu’un avortement, en tant qu’importante question morale, peut être pratiqué comme « alternative responsable » après de soigneuses considérations sur la situation médicale, sociale et économique de la femme.
Cette Déclaration sera enrichie par l’Exécutif du Conseil général en 1989 pour y inclure son opposition à l’établissement de « comités thérapeutiques décisionnels » dans les hôpitaux ainsi que pour réaffirmer que la décision appartient à la femme en conversation avec son médecin. Pressant le Gouvernement fédéral de ne pas criminaliser l’avortement mais de sévir contre les personnes qui en pratiqueraient sans qualifications médicales ni matériel adéquat, mettant ainsi la santé et la vie des femmes en danger. L’Exécutif plaidait en faveur de l’établissement par les gouvernements provinciaux de programmes d’avortement par les hôpitaux et que ce service soit rendu publique.
Enfin l’année suivante, un autre texte a non seulement renforcé l’appel au Gouvernement fédéral d’établir le cadre de services d’avortement libres et gratuits à l’intérieur de la Loi nationale sur la santé, mais a aussi incité les Synodes régionaux de l’Église de faire des pressions auprès des gouvernements provinciaux fautifs pour l’établissement de services sécuritaires d’avortement et de faire rapport de leurs actions au prochain Conseil général.
Devant le débat qui s’étend, l’Église Unie du Canada s’oppose fortement à un quelconque recul sur les droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, comme d’ailleurs sur les droits de tout autre groupe de notre société : personnes immigrantes et réfugiées, minorités ethniques, membres d’autres religions ou minorités d’orientations sexuelles diverses, comme nous ne le voyons que trop dans les orientations qui contaminent insidieusement notre espace social depuis quelques années sous les pressions des groupes de droite.
Il est clair que sur le terrain de l’accompagnement pastoral, tout doit être mis en œuvre pour soutenir et aider les femmes qui souhaiteraient garder leur enfant et qui ont besoin d’appui pour ce faire. De plus, notre expérience pastorale nous a appris que les femmes qui doivent choisir l’avortement le font après bien des interrogations et avec lourdeur de cœur ; il appartient aux communautés de foi de chercher à soulager cette lourdeur et surtout de ne pas y ajouter de poids en les stigmatisant ou les culpabilisant.
Enfin, l’Église unie affirme que nul ne peut en aucun cas condamner au nom de la foi chrétienne quelque femme que ce soit de subir un avortement ; elle veut au contraire réitérer son accueil inconditionnel, sur les chemins de libération qu’a tracés Jésus-Christ prophète et incarnation du Dieu de la vie, à toutes les personnes, blessées meurtries, défavorisées ostracisées de notre communauté.